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ii. L’indexabilité, une disponibilité des textes pour la lecture

S’orienter dans le virtuel (Vitali-Rosati)

Il faut le dire, les livres de Publie.net ne sont pas nécessairement conçus pour être particulièrement ‘Indexables’. Ce qui serait une qualité fort pertinente pour répondre aux exigences du web « sémantique » (où les métadonnées informent les objets de manière plus transparente) en particulier. Quoique le web sémantique exige surtout que les documents (y compris les oeuvres hypermédiatiques – comme le sont les livres numériques, même les moins sophistiqués) soient indexés (accompagnés des informations pertinentes les concernant pour faciliter leur repérage et leur utilisation). Idéalement, il faudrait qu’ils soient décrits au moyen de métadonnées pertinentes, et conformes à des normes respectant des critères d’interopérabilité. À cet égard, les versions ePub des livrels ont au moins l’avantage d’être réalisés à partir de documents structurés fondés sur XML et utilisant le XHTML comme langage de balisage pour les contenus. Mais la coopérative n’avait pas les moyens de s’assurer de paramétrer leurs livrels pour aller plus loin en utilisant un schéma RDF pour la description des contenus, ou en utilisant une couche de métadonnées supplémentaires visant à indiquer des informations à propos des parties ou des chapitres. Le lecteur est livré à lui-même et le moteur de recherche aussi. Du coup. il n’y trouve que… ce qui s’y trouve! En ce sens cette collection ne prend pas autant avantage des possibilités du numérique malgré les efforts pour instaurer des manières de faire autres (dont l’écriture à quatre mains, les résidences numériques d’auteurs sur nerval.fr et sur le blogue de François Bon, le tiers livre). C’est déjà beaucoup mieux que ce que la situation de la majorité des livrels homothétiques dans lesquels les maisons d’édition investissent bien peu pour le prix qu’elles les font payer. Un autre des avantages des « volumes » des différentes collections de publie.net est qu’ils ne sont pas protégés par DRM, restriction à l’accès qui est optionnelle avec le format ePub (norme supportée par l’IDPF – comme le XHTML l’est par le W3C – et qui fut adoptée par l’IPA (ePub3, 2013) parce qu’elle permet justement la protection des droits de reproduction). Publie.net a plutôt opté pour le filigranage afin que l’on puisse savoir si l’ouvrage appartient réellement à la personne qui l’utilise. Mais ils ont décidé de retirer ce marquage à l’achat depuis 2014. Donc, les livrels peuvent être prêtés et même donnés sans problème. On fait confiance à la bonne volonté des lecteurs pour acheter leur copie. Déjà, ce facteur d’ouverture au partage est celui qui contribue le plus à rendre les textes disponibles, en favorisant leur circulation.

Du point de vue de l’indexation, la table des matières joue un rôle crucial pour les lecteurs et elle représente même un des rares suppléments de fonctionnalité qu’apporte le livre numérique homothétique par rapport à son équivalent papier. Un certain flou existe autour de la manière dont on peut annoter des livrels de manière à conserver ces métadonnées produites par les utilisateurs. Les signets ne sont pas toujours synchronisable (dans Calibre, par exemple, c’est difficile), et on peut craindre que ces informations se perdent à l’occasion d’une mise à jour du logiciel ou s’il cesse de fonctionner dans un nouvel environnement.

Parmi les livres étudiés, Vers l’Ouest est dénué de toute table des matières. En le lisant on peut y adjoindre son propre système de repères en marquant par des signets nos propres découpages du texte. En ce sens, il demeure tout à fait indexable. De plus, on peut copier-coller le texte et le réorganiser dans un logiciel de traitement de texte, ou dans une base de données en découpant les passages qui sont des réflexions s’ajoutant aux descriptions, les souvenirs renvoyant au passé, les actions contribuant à l’évolution de la situation et les péripéties épiçant le voyage comme des aventures dans l’histoire. Mais il faut se rappeler que Vers l’Ouest résulte de la récupération de chapitres élagués de Coulées (cf. corpus secondaire, dans la bibliographie). Et on devrait aussi se rappeler que les « récits de soi », les « récits d’apprentissage » et les « récits de voyage » forment toute une constellation qui s’enracine dans une vaste tradition. Toutes ces informations devraient demeurer présentes à l’esprit lorsque nous lisons… Mais, avec le numérique (caractérisé davantage par l’enregistrement que par la « présence immédiate » comme le croyait McLuhan, tel que les travaux de Maurizio Ferraris concourrent à le montrer), il pourrait y avoir délestement de la mémoire (c’est un des traits « positifs » du numérique qu’a le plus fortement soulignés Michel Serres – avec son image controversée de Saint-Antoine marchant sa tête entre les mains – vue la libération de la puissance intellectuelle pour réfléchir et imaginer davantage de possibilités d’interrelation) et inscription de ces informations dans l’enveloppe du document (métadonnées encapsulées dans le fichier .opf dans le cas des livrels ePub2).

Certains termes et expressions plus obscurs demanderaient explication, comme talweg ou « les Plateaux ». Il y a parfois des éléments qui relèvent de la création d’une mythologies personnelle, mais d’autres (ou les mêmes) peuvent plutôt (aussi) renvoyer à des éléments de la culture partagée (locale ou humaine en général).

Mais, à travers tout cela, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes aujourd’hui en mesure d’accéder à beaucoup d’informations en effectuant des recherches. C’est donc peut-être l’indexation des informations extérieures au texte qui est la plus importante? Si tel est le cas, des applications pourraient être conçues pour nous suggérer des liens entres les termes contenus dans le récit, en tenant compte de leur sens dans le contexte du discours environnant, pour avoir des suggestions de liens à effectuer avec d’autres textes ou connaissances. C’est ce que propose un projet d’application appelée Marmalades consistant à appliquer un algorithme de lecture à nos livres numériques afin de pouvoir accéder à des informations en ligne en sélectionnant une segment du texte que nous lisons (voir ces quelques vidéos, pour avoir une idée de ce que donnerait une telle lecture enrichie par la combinaison de recherches sur le web et des indications fournies par l’interprétation du mot ou de l’expression pointée, en relation avec le contenu de la page courante analysée par un algorithme d’intelligence artificielle). Le caractère dynamique de la lecture numérique proviendrait alors directement de la mise en oeuvre de principes issus de la culture numérique dans un sens qui combine l’informatique, le web sémantique et les interfaces intégrant de l’interactivité (en cliquant sur un mot ou une expression, on accèderait non seulement à son sens mais à un ensemble d’autres phénomènes auxquels il/elle renvoie, non pas dans l’absolu, mais en tenant compte du contexte de la lecture – avec certaines limites bien sûr). Actuellement le site du projet est indisponible (29 août), car le lancement aura lieu le 1er septembre (rendez-vous sur http://marmalad.es/ ). Jeff Lizotte, un des fondateurs de Sid Lee, affirme qu’il tient particulièrement à ce projet, pour lequel il a quitté une boite très lucrative, et qu’il développe avec Mathieu O’connor depuis au moins un an et demie (mars 2013).

Cependant, ce qui est vraiment dynamique dans la culture numérique, ne l’oublions pas, c’est la part active que les lecteurs peuvent prendre dans la construction du sens. C’est ce que nous explique Marcello Vitali-Rosati dans son texte « Auteur ou acteur du web? », où il éclaire le concept d’éditorialisation. Comme il l’a réexpliqué plus tard, nous pouvons dire que les interactions que nous avons avec le réseau laissent des traces de sorte que nous écrivons sans le savoir lorsque nous effectuons des recherches, car ces recherches, leur provenance, le contexte de navigation dans lequel elles s’effectuent sont enregistrées. Cette écriture est le fait des moteurs de recherche et des sites qui recueillent de l’information sur nous lorsque nous sommes connectés, mais elles sont aussi le fait des relations que nous proposons entre des nouvelles et des souvenirs personnels, des lectures et des évènements historiques, des livrels et des livres. C’est ainsi qu’on se rend compte que la culture numérique est « contaminée » (elle n’a rien contre ça…) d’emblée par des ensembles de connaissances préalables, plus ou moins formalisées et par des attentes qui relèvent en partie de l’imaginaire quant à ce que les nouvelles technologies peuvent nous aider à accomplir. De ce point de vue, nous pouvons légitimement parler de « mutation culturelle », même si la recherche de continuité est au coeur de ce qui donne sens à ce type de dénomination. En effet, que cherchons-nous à faire avec « les Internets », comme disait Xavier de la Porte lorsqu’il animait Place de la toile, si ce n’est « (re)créer du lien »?…  A cette différence près que les « liens » deviennent le lieu d’enjeux extrêmement divers et pas toujours explicites. Un des devoirs des « intellectuels » sera de déterrer les substrats politiques des présupposés qui président à l’édification de ce nouvel espace d’action. La mobilisation des consciences, et des « acteurs » (les éditorialisateurs sont toujours dotés de corps, qu’ils soient hommes ou machines – bien que celles-ci ne soient pas des robots, la plupart du temps, comme nous le rappelait Bernard Stiegler) constitue donc un des points de vue sous lequel il vaut la peine d’étudier l’évolution du web. Mais qu’on ne doute pas que celle-ci prolonge l’évolution biologique et qu’il y a contamination des deux ordres d’organisation de la vie. Cependant l’effet n’est pas linéaire. Il est systémique. Voici le fondement de la problématique soulevée par l’idée de changement de paradigme. Mais comme le dit Maurizio Ferraris, le propre des NTICs, c’est davantage de révéler les modalités de fonctionnement politique de nos cultures, sous tous les rapports (rapport à la vie et à la mort, à la mémoire et à l’oubli, à l’identité et à la différence) que de créer du « radicalement neuf ». Pour replacer ce grand questionnement philosophique en perspective littéraire, il convient de revenir à la façon dont notre usage des langues est modifié par la médiation des réseaux (qui sont toujours des réseaux d’appartenance mais en un sens extrêmement labile) émergents et de réfléchir sur cette question : « comment entrons-nous en « concurrence » avec nous-mêmes en cherchant à nous conformer à la norme? ».

Mais pour ce qui est des auteurs que nous avons tenté de suivre pour ce mémoire sur la manière dont la littérature québécoise s’inscrit dans le nouveau contexte culturel, je dois dire que la plupart des auteurs semblent résister – outre les limitations inhérentes aux moyens réduits de la coopérative publie.net pour révolutionner les livrels – à l’invasion de la culture numérique. Mahigan Lepage, il faut le dire, a dû écrire la première version du récit de son trajet vers 2001, alors que le seuil de « non retour » – que nous situons vers 2008 – n’était pas franchi. Son aventure survient à un moment où le web n’en était qu’à ses « balbutiements » (pour les profanes). La mobilité n’était pas un fait social courant (;o)). Mais cela n’empêche pas celui qui est devenu directeur de la collection « Décentrements » de parler beaucoup de ça: de mouvement, de la route, du voyage. Comment on « s’arrache », à un lieu, à une situation, à un destin? Telles sont certaines des questions que se pose « Le dernier des Mahigan« . Et, de ce point de vue, une partie de son propos est relativement classique sur le plan de valeurs humanistes véhiculées. Il y est question d’assumer ses choix, d’aller à la rencontre de qui on est, quitte à se confronter à l’échec, à l’erreur ou à l’errance. D’ailleurs, les écrits des autres auteurs québécois de Publie.net vont dans le même sens à plusieurs égards. Le travail de ces écrivains numériques francophones semble avoir tourné beaucoup autour de la recherche d’un équilibre entre affirmation de soi et exploration des sens possibles de l’existence.
En fin de compte, le goût de s’ouvrir aux possibilités de ce monde est peut-être ce par quoi ces quatre jeunes femmes et ce jeune homme ont le mieux intégré la culture numérique naissante, et en ce sens ils en sont d’excellents représentants. Mais, on pourrait se demander si, bénéficiant d’une formation littéraire universitaire, ils se retrouvent en porte-à faux par rapport à ce nouveau paradigme? Mais le fait qu’ils soient « cultivés » à la fois sur le plan littéraire et du point de vue de la société numérique ne devrait pas les rendre inaptes à évoluer au sein de ce « nouveau monde » sous prétexte qu’ils auraient encore un pied dans l’ancien. Cela signifie peut-être, cependant, qu’ils seront moins « tragiques » comme « personnages » que ne le fut Bérénice Einberg, dans L’Avalée des avalées, lorsqu’elle fut aux prises avec le passage à l’âge adulte.

Ultimement, donc, c’est davantage dans la disponibilité des auteurs au monde dont ils font preuve par leur écriture axée sur l’exploration, la découverte et la rencontre d’une vérité qui ne se veut pas définitive que l’on retrouve la marque de la culture numérique dans leurs livrels homothétiques. Mais alors comment retracer dans la forme, le style ou le rythme des signes d’ouverture des auteurs à la réalité de leur temps qui est faite de changement à un point rarement atteint auparavant?

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5.1.2 Médiation – virtualisation

[À mettre en rapport avec 3.1.2 (Une dématérialisation plus physique que l’on croit)]

Nous l’avons dit, il est erroné de croire que le numérique signifie « dématérialisation ». Certes, pour les individus que nous sommes, c’est l’impression qu’on peut en conserver. Une bibliothèque complète peut entrer dans un téléphone mobile. C’est une révolution inimaginable. Mais le réseau commence à peser lourd sur l’écosystème et il faudra réduire notre consommation de bande passante et d’électricité pour ne pas être obligés de fermer interner si on veut survivre. Je ne suis pas prophète de malheur. On ne se rend pas compte de ce que ça coûte. Il y a tant d’intermédiaires qui entrent en ligne de compte pour arriver à la connectivité constante à laquelle nous sommes habitués. Mais là n’est pas le problème. C’est plutôt la solution. Le problème est que ce sont les mêmes fermes de serveur qui hébergent toute l’information qui circule à travers le web, celles de Google, d’Apple et de quelques autres gros joueurs, comme Microsoft, Facebook et Amazon. Si nous sommes soucieux de protéger nos données personnelles, il y a beaucoup d’information qui ne vaut pas grand chose que nous partageons volontiers. Il y a là un gaspillage éhonté. Mais en même temps, les possibilités de création ne doivent pas être jugulées au nom de la survie de l’humanité. Quel sens aurait la vie sur cette terre sans horizon de nouveauté? Le problème est difficile. Ce qu’on nous permet de partager est monétisé. Le médiocre circule librement et nous sommes privés de formation pour comprendre les enjeux associés à cette situation toxique pour notre jugement.

Comprendre les enjeux juridiques, politiques et éthiques (et les contraintes techniques)

Mais comment cette préoccupation pour la qualité de ce que nous faisons et la nécessité de développer une littératie numérique suffisante pour être en mesure de critique ce qui doit l’être sans rejeter en bloc tout ce qui a trait aux technologies de l’information, comment ces aspects politiques et éthiques transparaissent-ils dans les écrits de nos auteurs, de manière à ce qu’on puisse parler d’une participation à l’humanisme numérique, d’un point de vue littéraire?

Dans Vers l’Ouest, on le voit, il y a un refus s’engager frontalement dans les débats. Mais en même temps, on y retrouve des observations qui démontrent bien que la question de la langue, de l’exploitation des francophones au Canada n’est pas réglée. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark disait Shakespeare. On pourrait dire la même chose du Québec, d’ailleurs, puisque nous sommes capables de nous poignarder dans le dos, comme le montre ce qui se passe quand Mahigan ne se réveille pas pour son travail de nuit et qu’il est immédiatement dénoncé.

La charge utopique de ce récit de voyage est évidente. Elle n’est pas sans son contrepoids de réalisme. D’un côté il souhaite vraiment sortir d’un carcan. « Enfin j’étais libre, j’al­lais quit­ter le pays noir, la mai­son du père, j’al­lais ten­ter ma chance sur la route. » (p. 43). D’un autre côté, il se rend bien compte que sa révolte est presque vaine, et c’est d’autant plus difficile que ses parents ont déjà effectué une sorte de pseudo révolte qui était déjà mimétique. « J’étais fils de ré­volte. Je ne pou­vais que re­jouer la ré­volte de mes pa­rents. Donc j’étais perdu, de tous mes amis j’étais sans doute le plus perdu. Mais je vou­lais quand même ten­ter le coup. De toute façon je n’avais pas le choix. » (p. 7).

Comment celui qui est « fils de fils » peut-il croire être le « premier fils »? On voit là un motif qui se rapproche de celui du drame de Jésus Christ, qui a déjà un père humain, et qui est donc fils de l’homme en même temps que fils de Dieu. Comment peut-on le croire? Au mieux, il est peut-être un héros…

Sharing de Philippe Aigrin, Impressions numériques de Jean Sarzana, Démocratie et Internet de Dominique Cardon

Ce qui est frappant, c’est cet effet de différé qui contraste avec tout ce qu’on est habitué de voir ou d’entendre dans les réseaux sociaux, lorsque Mahigan Lepage nous exprime que ce qu’il nous décrit est le fruit d’une ressouvenance, qui arrive comme à travers la brume du rêve. La médiation est donc ici d’abord celle de la mémoire. Mais c’est aussi une reconstitution imaginaire. Et le fait de nous pas dire comment il se sent aide à conserver un voile de pudeur sur les évènements.

C’est ce qui permet à la fiction de jouer son rôle. Et sur ce point, il faut souligner que le flou est accentué par le fait que les auteurs se construisent une identité en ligne. L’écriture de leurs histoires est-elle sans rapport avec ce jeu d’auto-définition publique? Non, mais cela n’enlève rien à la valeur de ce qu’ils écrivent. Cependant que penser des écritures qui semblent contenir des confidences. Quand la pudeur manifeste nous indique que l’individu est timide, doit-on réserver son jugement sous prétexte que ce pourrait être un procédé littéraire? « Je me vois ap­pe­lant ma mère dans la ca­bine té­lé­pho­nique, parce qu’elle m’avait de­mandé de l’ap­pe­ler sou­vent et parce que je m’en­nuyais cer­tai­ne­ment. » L’auteur a-t-il intérêt à inventer que sa mère lui avait demandé cela? Doit-on remettre en cause le fait qu’il l’ait appelée? Peut-on douter de ce qu’il s’ennuyait d’elle? Le fait qu’il ajoute « certainement » ne fait que nous dire qu’il peine à l’avouer mais qu’il ne peut le nier. Mais le « je me vois » pourrait laisser entendre que ce souvenir n’est pas très fiable. Ou, au contraire, cela peut dénoter qu’il est très net, comme présent sous les yeux du narrateur. Mais le narrateur est-il l’auteur? Comment cette question évolue-t-elle avec le numérique. Nous avons vu que le rôle du lecteur concret était accru. Mais l’auteur demeure celui qui établit le texte. L’éditeur aide à sa révision lorsqu’il y en a un. Mais le processus est peu documenté. Il y a donc d’abord une relation de confiance. Et une volonté de permettre à une parole de s’exprimer. Chacun est responsable de ce qu’il écrit. Mais les lecteurs ont le dernier mot quand à l’histoire qu’ils « reçoivent ». Ils y ont certainement « mis du leur ».

2.2.2 Quels rapports entre « numérique » et « culture »?

a) Culture et numérique sont-ils antinomiques?

Cela semble être la position des techno-sceptiques (pour ne pas dire des technophobes), ou des « puristes » (ce qui revient souvent au même). Mais la réalité est plus « mitigée ».

b) La précision « numérique » est-elle en voie de devenir superflue?

Voir à ce sujet le billet « Interfaces » sur le blog de recherche de Marcello Vitali-Rosati.

c) Des « valeurs numériques » et du défi de la numératie

[Ce point est à formuler (les compléments qui suivent ouvrent quelques pistes)]

Compléments intéressants annoncés dans la présentation du point 2.2 La question de la culture : comment aborder la « culture numérique »? :

C’est ici qu’il vaudrait la peine de parler de déprolétarisation (Stiegler) et du lien avec l’automatisation, qui représente une opportunité dans le sens où elle signifierait la fin de l’emploi salarié mais une ouverture vers le retour au travail véritable (synonyme de savoir), ainsi que de grammatisation et d’individuation qui sont les concepts qui fonderaient un ordre nouveau. On pourrait réfléchir au lien entre grammatisation et documentalité. Mais jusqu’à quel point les textes de nos auteurs nous permettent-ils d’aborder ces questions?

Voir l’article de Marcello Vitali-Rosati : « Culture numérique? »  et celui de Bernard Stiegler « Organologie » : Pourquoi ne pas proposer un rapprochement entre Stiegler et Stigmergie (Cf. Enfanter l’inhumain, d’Ollivier Dyens) – cf. le premier billet de mon blogue, Ruptare : Printemps ! Print Time ? Mais voir aussi le rapport avec Feenberg, qui pose la question dans une perspective critique, mais pas nécessairement méta-ontologique (comme le propose Marcello, qui dit dans le fond que l’ontologie disparaît avec la mouvance des formes de pensée sous la pression du numérique à toujours aller de l’avant). Mais il demande quand même comment l’écrivain évolue avec ses outils (dans un autre billet : l’écrivain et ses techniques : http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/lecrivain-et-ses-techniques-question-iconographique/).