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5.3.3 Remédiation et inscription médiatique (éditorialisation)

[À mettre en rapport avec 3.3.3 (Pourtant cela signifie une disjonction entre les êtres humains et leurs créations)]

C’est pourquoi il faut cesser de considérer avec mépris le fait que nous devions constater la tendance à des reprises de matériaux anciens au lieu de créations purement originales. L’art se fait recyclage. Mais en mettant un livre en numérique, on permet à des changements de s’opérer. Les auteurs que nous étudions participent à ce mouvement d’autant plus fortement que leurs livres sont publiés directement en format numérique. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un travail de remédiation. Une participation à la configuration de notre univers culturel peut être constatée dans leur cas comme dans les autres. Ils sont façonnés par le medium, comme le disait McLuhan, mais ils s’inscrivent dans ce mouvement de l’éditorialisation qu’ils le veuillent ou non.

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4.2.4 Le travail sur les relations entre les aspects formels et les thèmes explorés

(visible au niveau de la stylisation, de la poétisation et de la mise en musique du langage)

La volonté de coller au plus près de l’observable est palpable chez Mahigan Lepage. Et en même temps, tout les de la démarche est dans la rencontre avec soi-même. Il n’est pas le seul artiste à chercher à découvrir qui il est, et il se rend compte que tous les artistes écrivants ou « diseurs » (expression qu’il préfère à « poètes » en raison de sa portée plus ouverte) ont quelque chose à régler avec la relation au père (ou à la figure paternelle). Et cela commence dès la lecture, comme dans l’histoire de Julien Sorel, qui rejoint celle de Mahigan : « Lire, écrire ont à se faire en-dehors de toute autorité – hors la maison du père (Kafka) »1. Du coup, on se rend compte que nous sommes dans la conversation entre soi et l’autre. Et c’est à cette rencontre que M. Lepage et les autres auteurs de la collection « Décentrements » nous invitent.

En ce qui a trait à Vers l’Ouest, la nécessité de surmonter cette tension amène à vouloir aller vers l’Autre. Mais à Banff, ce sera décevant car les Québécois seront omniprésents. Et pourtant, ils seront nécessaires pour permettre une certaine acclimatation. « Je n’étais pas prêt pour tant d’étrangeté, tant d’anglais et de noir et de rouge, pas prêt pour tant d’Ouest » (p. 79). On est donc constamment dans la métaphore, avec ces couleurs qui semblent résumer l’essence même de cette altérité désirée et crainte à la fois, et ces mots qui n’ont pas été à la hauteur au moment de vivre l’expérience, et qui la recréent finalement de part en part avec le recul du temps. Un voyage où le déplacement était sur l’ornière entre le dehors et le dedans, comme à fleur de peau. « C’est pourquoi peut-être je me suis agrippé à cette ville, pourquoi je n’ai pas tenté ma chance plus à l’Ouest. » (Idem).

a) Éclatement et syncope

Mais le voyage se poursuivra tout de même jusqu’au B.C., visite à sa soeur. Mais retour à ses frais à Banff, où il avait trouvé un emploi. Les Québécois doivent y brimer leur identité le jour pour satisfaire aux exigences de ce lieu de villégiature où tout est organisé en fonction du tourisme.

« C’était tout un univers de signes qui m’était étranger et hostile. L’anglais imposait des ordres et des hiérarchies différentes du français. C’était la langue des touristes, le japonais venait en second. Aux vitrines transparentes il y avait ces mots anglais et ces signes japonais, noirs et opaques. Le français n’avait pas cours dans le commerce. Il n’avais cours que dans le privé et dans les groupes de casseurs de bras qui parlaient fort dans les bars, quand le français était resté trop longtemps dans le privé, aux chambres et aux salles d’employés des hôtel et des staff accom, et que quelque chose de la colère du privé explosait la nuit tombé (sic) dans l’espace public de la ville. » (p. 87).

Face à cette situation de contraste entre la francité du dedans et l’anglicité du dehors, qui donne lieu à des situations explosives prévisibles, de sorte que la casse y est presque mécaniquement remontée comme la démonstration de grâce d’une ballerine lorsqu’on en ouvre la boite, notre corsaire du web préfère fuir la tourmente. Il n’est pas d’humeur à se voir pris au milieu d’un tel éclatement de membres. L’éclatement est au reste très présent dans sa narration comme on a déjà pu le constater. Cela s’explique par le fait qu’en voyageant en faisant du pouce, on fait souvent des sauts de puce. L’élément liant tenant à cette tension entre les couleurs rouge et noire, pourtant muée en bleu et jaune à la fin, on doit comprendre l’idée de la littérature reflet, dont le narrateur du roman de Stendhal faisait la théorie au XIX è s. (pour le roman précisément), comme une élaboration d’hypothèses, que l’expérience vient mettre à l’épreuve, toujours transformatrice, puisque prise avec le réel à travers des prismes. La langue étant le principal, on voit qu’elle vient conditionner les rapports sociaux. La rencontre avec l’autre s’en trouve donc entravée. Mais elle n’en demeure pas moins la sève de cette coulée à double travée.
On pourrait avancer l’image de la circulation sanguine autour du coeur. Il faut qu’il y ait continuité pour qu’il y ait flux. Mais c’est par à-coups que le fluide circule. L’artère est doublée par la veine. Les deux se croisent et se transforment l’une en l’autre par la fluxion cardiaque. La syncope est une part intégrante de la vie même puisqu’elle peut en signaler la fin imminente… ou un recommencement nécessaire. En littérature, c’est comme la figure en petit de l’éclatement généralisé qu’elle traduit. En effet, si la syncope peut paraître le contraire de l’éclatement, condensant la tenue du texte en son plus petit appareil, par l’amuissement d’une partie de mot, comme dans  « m’sieur », en réalité elle lie si bien les parties qui se trouvent de part et d’autre du manque qu’elles génèrent un besoin de recréer du vide du côté des lecteurs. Finalement, elle force l’analyse à outrance et provoque une accélération du mouvement de déconstruction du syntagme qu’elle avait tronçonné pour le r’bouter…

Le cas de l’écriture de Mahigan est révélateur à cet égard. S’il retranche des points, par exemple, cela donne aux virgules l’importance de points. Du coup on accentue davantage les séparations de second ordre puisqu’on se dit qu’il pourrait s’agir d’une occasion de respirer un bon coup. Et s’il élimine les guillemets pour introduire les paroles, on a tendance à multiplier les occurrences de discours direct puisqu’on se dit qu’il a aussi bien pu omettre de signaler l’amorce d’un tel segment par une majuscule. Mais, direz-vous, ce ne sont pas là des cas de syncope. Effectivement, mais le principe est le même. D’ailleurs, dans tout Vers l’Ouest, pas trace d’une seule syncope au sens stricte. Même pas un « cela » mué en « ça ». Par contre l’éclatement ne nous est pas épargné. Et parfois un « pas » passe à l’as. Est-ce pour faire « recherché »? Comme on le verra dans l’extrait suivant. Ici l’éclatement n’est pas excessif. Mais on voit bien l’alternance entre des considérations générales (presque des observations sociologiques ou des digressions pour nous aider à ne pas nous sentir trop perdus), des observations factuelles, des rapprochements avec des expériences passées, et d’autres remarques qui ne sont pas nécessairement rattachées à l’expérience vécue par l’auteur, mais qui semblent presque procéder d’une sorte de phénoménologie du voyage (où l’on procéderait par « variations eidétiques »), comme en témoignent la multiplication des cas de figure possibles, sans précision sur le rapport au cas présent.

J’ai acheté un billet stand by, comme on disait. Je devais attendre à l’aéroport qu’un siège se libère dans un avion. C’était le soir. J’ai rencontré des jumelles québécoises qui attendaient dans l’aéroport depuis plusieurs jours, dans la rumeur continuelle et l’éclairage cru. Je suis sorti de l’aéroport. J’ai marché vers la route. Une voiture de police s’est arrêtée, m’a demandé ce que je faisais. J’ai dit Je viens de l’aéroport, je marche un peu. La voiture s’est éloignée. J’ai dormi au bord d’une bretelle, derrière un buisson, dans mon sac de couchage. Chaque fois qu’une voiture passait sur la bretelle je me réveillais, je pensais La police. Au matin, j’étais sale, terreux, empâté. J’ai regagné l’aérogare. J’avais de la chance, j’avais ma place dans le prochain départ. L’avion c’est la ville. Cela monte et descend sur le béton et le verre, comme s’il n’y avait entre de prairies et de lacs et de forêts. Dans l’avion on n’a pas l’impression d’avancer comme sur la route. On reste quelques heures immobiles au-dessus de la ville, on redescend. La ville a changé, mais c’est toujours la ville. La première fois que j’ai pris l’avion je devais avoir six ans. (…)

On voit ici un cas d’effacement de pronom : « …comme s’il n’y avait entre [« les deux » ou « eux »] (…) » et il manque aussi la série de « ni »… Ce sont donc des effacements. Je pourrais les appeler « ellipses ». Mais je réserve ce terme pour d’autres types de « lacunes ». Disons que le saut entre le présent et les souvenirs désigne davantage ce que je souhaite souligner par ce terme. Il en résulte en tous cas une sorte d’ébranlement de la linéarité de la narration. Mais cela n’est pas nouveau. Ce qui importe est de constater que Lire la suite

2.2.5 Vers un nouveau rapport à l’identité

a) Identités numériques et droit à l’oubli

Nous sommes qui nous voulons bien laisser derrière nous (ou non)

Une question de pouvoir sur les traces analysée par Louise Merzeau

b) La fiction de la transparence, un affront à la remédiation

Nous croyons que nous pouvons nous définir comme un oignon (mais non)

Toutes nos théories nous remettent systématiquement en boites (blocs, balises, etc.).

c) À la conjoncture médiatrice de l’espace et du temps

Entre intermédialités et méta-ontologie, quelle résidu de lieu pour la définition classique de l’identité (comme conjonction d’espace et de temps, justement)?

Peut-être à travers la notion d’espacement, évoquée par Louise Merzeau, et qui renvoie au caractère spatial du langage comme le note Novarina dans une entrevue accordée à son éditeur (cf. Trahan). Finalement, la grammatisation doit être une réappropriation du code par le corps pour donner à l’individu (toujours singulier mais pouvant être un collectif aussi bien qu’une personne seule) un opportunité de se déprolétariser en retrouvant le rapport au travail comme savoir, par-delà la dépossession qu’implique l’emploi salarié, lequel devrait tendre à disparaître sous la pression de l’automatisation qui devrait exploser dans les prochaines années. Voir évidemment les propos à l’oral et à l’écrit de B. Stiegler sur ces questions.

Rapports entre les traits de l’écriture et les propriétés de la culture numérique

Il s’agit ici des résultats attendus de l’analyse, suite à la mise en parallèle des traits de l’écriture et des propriétés de la culture numérique.

Nous dégagerons les véritables apprentissage que cette comparaison nous aura permis d’effectuer dans la conclusion.

5.1 Multiplicité et médiation

5.1.1 Multiplicité – discrétisation

5.1.2 Médiation – virtualisation

5.1.3 Distinction entre computationalité et algorithmicité

5.2 Dimension historique et critique

5.2.1 Prolongement de la culture humaniste : continuité

5.2.2 Culture contestataire et émancipation : rupture

5.3 Sur la relation entre l’écriture et la spatialisation (enjeu politique)

5.3.1 Stigmergie et architecture

5.3.2 Recontextualisation et méta-ontologie

5.3.3 Remédiation et inscription médiatique (éditorialisation)

5.3.4 Dévoilement de la conjoncture médiatrice et remobilisation de l’intermédialité par l’attention renouvelée à l’exaiphnes

Si ce dernier point peut sembler du latin, ce sera un plaisir de vous l’expliquer et c’est essentiel pour comprendre l’importance de la révolution en cours ici.

5.4 Relation modifiée au langage

5.4.1 Opération transtextuelle, et hypermédiatique qui articule différemment la relation des individus et des collectivités au temps et à l’espace et transforme donc l’identité

5.4.2 Et qui constitue aussi une « provocation à penser et remise en question des idées reçues »

5.4.3 Et qui représente également un mélange typiquement numérique d’audace et de conformisme

5.5 Les différents traits de la littérature électronique se rencontrent finalement dans la littérature numérique au sens culturel

5.5.1 Hypertextualité

5.5.2 Interactivité

5.5.3 Algorithmicité

5.5.4 Collaborativité

5.5.5 Traits qui ne sont pas nouveaux, mais dont la convergence (suivant une série élevée) forme le trait déterminant du numérique

Ceci est tiré de mon plan de rédaction, et il se pourrait que la structure de cette section change considérablement. Mais j’ai déjà commencé à relier des analyses portant sur les textes de Mahigan Lepage et de Josée Marcotte à ces différents points.