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2.2 La question de la culture : comment aborder la « culture numérique »?

Si l’on est d’accord avec le principe selon lequel il serait réducteur de ramener les impacts qu’entraîne la généralisation des usages des NTICs à un effet passager d’une mode technologique parmi d’autres, et que l’on admet l’importance d’envisager les bouleversements observables dans nos moeurs et nos valeurs du point de vue anthropologique comme les symptômes d’une mutation majeure de l’être humain, on fera bien de s’interroger sur les raisons qui expliquent cette transformation en profondeur de la psyche et de l’ethos humains en relation avec ce qui pouvait sembler consister en un épiphénomène (une technologie de plus, sans plus : dont les effets ne seraient que de mode).

Dans un premier temps, on se demandera comment la lecture sur support numérique peut avoir eu un effet si déterminant sur la culture en étudiant les pratiques de l’édition numérique. En deuxième lieu nous nous interrogerons sur les rapports entre numérique et culture en essayant de cibler un enjeu clé de la problématique. Ceci nous amènera à aborder les développements d’une nouvelle (inter)discipline, les Humanités numériques et à nous demander où nous en sommes rendus sur le chemin d’une accession à un véritable « humanisme numérique » (Doueihi, 2011). Cela se conclura par une tentative de déterminer si le mouvement de réorganisation de la civilisation occidentale autour du numérique représente une transition vers un stade ultérieur de l’évolution de l’humanité qui est davantage marqué par la rupture ou par la continuité.

Cette question sera décisive pour saisir ce qui est en train de se jouer au niveau de la littérature numérique québécoise en termes de participation à ce changement de paradigme culturel, comme le propose Milad Doueihi dans Pour un humanisme numérique (2011) et La Grande conversion numérique (2008).

2.2.1 Pratiques de l’édition numérique

Certains intellectuels français ont commencé à étudier concrètement les pratiques en rapport avec les NTICs du point de vue de l’édition. On pense notamment à Jean Sarzana et Alain Pierrot qui, avec Impressions numériques font le tour de cette modification des manières de faire, et qui furent parmi les premiers à parler d’édition homothétique. Un autre est Philippe Aigrain qui s’est questionné également sur les dimensions économiques de cette évolution de la chaîne du livre, dans Sharing. Car on aura compris que le livre ne disparaîtra pas du jour au lendemain sous prétexte qu’il existe désormais une manière plus commode de transporter des livres. Mais il est évident que les habitudes des acteurs du milieu du livre sont fortement bousculées par les possibilités nouvelles que les supports numériques mettent à la disposition des lecteurs.

a) Comparaison entre le papier et les supports numériques

D’un point de vue pragmatique (voire matérialiste), il est raisonnable de penser que les changements physiques qui se produisent lorsqu’on lit sur un écran par rapport ce qui se passe lorsque le texte lu est imprimé sur des pages de papier ne sont pas sans conséquences sur la signification même de l’acte de lire. Pour comprendre les effets de ces changements, il est possible d’adopter différentes perspectives. On peut réfléchir à la nature de l’objet livre. Quel est le support du livre numérique? (…)

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(…) Cependant, une ou deux notions se sont dégagées de la réflexion comme étant en mesure de bien orienter l’attention des chercheurs s’interrogeant sur ces problèmes. Premièrement il y a celle d’éditorialisation, puis il y a celle d’inscription médiatique.

b) Éditorialisation et inscription médiatique (médiation et poétique critique)

Tout d’abord, l’éditorialisation, sous des airs de n’apporter qu’une nuance à l’idée d’édition, comporte comme repliée en sa spécificité toute la charge révolutionnaire de l’idée de conversion numérique, développée par Milad Doueihi. Sa puissance est justement de montrer  (…)

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(…) Un document numérique n’a pas de bornes physiques. Il doit se doter de signes susceptibles de sonner une cloche dans l’esprit des lecteurs comme quoi, à ce stade, on quitte son territoire, pour entrer dans les talles d’un autre projet d’éditorialisation… Mais cela n’est pas évident à réaliser sans se lancer dans une lutte perdue d’avance contre la façon même dont le numérique fonctionne, en vertu de sa capacité à supporter les hypertextes et les renvois automatiques entre documents.

c) Comment la lecture numérique affecte-t-elle la culture?

Une fois saisies ces réalités qui rendent quelque peu difficile à saisir l’organisation des idées concernant le champ de l’édition numérique (…)

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2.2.2 Quels rapports entre « numérique » et « culture »?

a) Culture et numérique sont-ils antinomiques?
b) La précision « numérique » est-elle en voie de devenir superflue?
c) Des « valeurs numériques » et du défi de la numératie

[Compléments intéressants disponibles dès à présent dans l’article correspondant à ce point 2.2.2 (encore à l’état de plan)]

2.2.3 Comment peut-on parler d’humanités numériques?

a) Le rapport essentiel de l’être humain à la technique
b) Des humanités numériques à l’humanisme numérique?
c) L’accent mis sur le processus automatisé rend-il caduque l’idée de « démarche » (au profit du résultat)?

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Sujet déposé (hypothèses de travail)

Brève présentation du corpus

Il s’agit de fictions auto-biographiques. Le voyage est au coeur de la moitié de ces récits (Vers l’Ouest, Isidoro, La Science des lichens et Filles du Calvaire). L’autre moitié dépeint la vie quotidienne, des anecdotes ou des mini-aventures, nourries d’observations et de clins d’oeil spirituels ou sensuels… Tous sont courts et la plupart prennent la forme de “recueils” : de fragments (Marge  et La Petite Apocalypse illustrée), d’entrées de journal (Filles du Calvaire, Isidoro) ou d’historiettes (Les Je-sais-pas et Les Je-sais-pas-pantoute). Au contraire, La Science des lichens et Vers l’Ouest, de Mahigan Lepage sont presque dénués de ponctuation et forment une longue phrase qui se déroule comme la route du voyage qu’ils racontent.

Hypothèses de travail

La généralisation des usages associés aux technologies numériques modifie visiblement nos moeurs et nos mentalités. On peut dire, en ce sens, que la culture est, globalement, en voie de devenir “numérique”. Comment la littérature est-elle affectée par ces transformations? Existe-t-il une littérature numérique québécoise? Et si oui, comment le rapport à la culture numérique s’y exprime-t-il?

Pour mener à bien notre recherche, nous devons répondre à la question suivante : Quelles sont les propriétés principales de la culture numérique?. Nous devions d’abord comprendre en quoi consiste la littérature numérique. La critique littéraire réputée Katherine Hayles, spécialiste de ce domaine, nous y a aidé. Mais nous avons découvert, à cette occasion, que la définition de la littérature numérique qui fait autorité, celle élaborée par un comité de l’Electronic Literature Organization (ELO), pose problème : la question de savoir si l’œuvre considérée exprime bien la culture numérique n’est même pas prise en compte…

Nous avons imaginé la possibilité d’établir une distinction entre littérature numérique (sens culturel : qui accorde une importance de premier plan à l’expression, par les textes, de la culture numérique) et littérature électronique (sens technique : qui met l’accent sur l’intensité processuelle du recours à la technologie, comme le veut la définition de l’ELO). Dans le cadre de ce mémoire, à des fins de clarté, lorsque nous parlerons de littérature numérique, ce sera pour désigner des œuvres “hypermédiatiques” (au sens général où elles utilisent des fichiers informatiques comme support) mais où la dimension culturelle des propriétés du numérique prime sur les effets attribuables à la technique.

Nous avons identifié un corpus qui, selon nous, est susceptible de satisfaire à la définition de la littérature numérique au sens culturel. Il s’agit de huit livrels (livres numériques, ‘ebooks’) au format ePub, relativement courts (équivalant à moins de cent pages chacun) rassemblés dans la collection « Décentrements », parus – en ligne uniquement (dans un premier temps) – de 2009 à 2012, chez Publie.net. Ils sont le fait de cinq auteurs différents.

Cet échantillon de littérature québécoise contemporaine, distribuée en ligne mais ne faisant aucun usage particulier des possibilités du numérique, peut-il être considéré comme de la littérature numérique?

Les œuvres de notre corpus ne sont presque pas commentées et la littérature critique à leur sujet est “virtuellement” inexistante. Pourtant nous estimons qu’elles représentent une bonne illustration de ce que la littérature numérique québécoise peut être. Notre hypothèse est qu’elles expriment à différents niveaux (thématique, formel et langagier) des éléments  de la culture numérique, qui se présentent sous différents aspects d’une œuvre à l’autre.

En premier lieu, une présentation historique de la culture numérique permettra de constater la difficulté de déterminer ce qui l’emporte entre la rupture et la continuité, par rapport au contexte contemporain qu’elle contribue à transformer.

Puis, avant de spécifier les principales propriétés de la culture numérique que nous aurons pu découvrir en étudiant les théories sur le sujet (Doueihi, Vitali-Rosati, Ferraris), nous préciserons notre approche méthodologique. Puisque l’objet central de ce mémoire est de nous doter d’une meilleure compréhension de la culture numérique à travers l’interprétation de textes littéraires, la méthodologie de l’herméneutique critique – dont Temps et récit de Paul Ricoeur nous fournira le modèle – convient tout à fait. Si la méthode herméneutique repose sur des principes assez généraux pour s’appliquer à un objet aussi vaste que la culture numérique, elle gagne à être complétée par une méthode d’analyse mieux ciblée pour les questions spécifiquement littéraires. Le fait que la lecture joue un rôle central dans l’interprétation des textes des auteurs de littérature numérique, car ils utilisent souvent des techniques d’interpellation – comme l’adresse et le commentaire -, justifie que nous sollicitions également la théorie de la réception littéraire développée par Jean-Louis Dufays dans Stéréotype et lecture : essai sur la réception littéraire.

Au terme de ce travail d’herméneutique numérique, nous devrions être parvenus à montrer comment des “éléments” de la culture numérique se manifestent sous une forme littéraire dans les œuvres de la collection « Décentrements ».

2. Élargissement de la perspective sur le champ (de la littérature numérique)

2.1 Définition, histoire et prise de recul critique
2.1.1 Définition
a) La définition qui fait autorité, celle de l’ELO
i. Qu’est-ce que l’ELO?
ii. Comment Katherine Hayles y est-elle reliée?
iii. « What is E-lit? » La définition de l’ELO
b) Analyse de la définition (comparaison avec d’autres)
2.1.2 Histoire
a) Origines
b) Situation présente
c) Point tournant
d) Comparaison France Québec
2.1.3 Prise de recul critique
a) Caractère insatisfaisant de cette (ces) définition(s)
i. Tautologique (circulaire)
ii. Dépend des exemples (pas universelle)
iii. Accorde trop d’importance à l’intensité processuelle comme critère (fait abstraction de l’aspect culturel du numérique)
iv. Exclut du coup toute la littérature homothétique, alors qu’elle pourrait être très pertinente (exprimer la culture numérique)
b) Proposition de décloisonnement (ouverture du champ à la littérature numérique au sens culturel)
i. Serait approprié d’adopter une autre perspective (culturelle)
ii. Distinction entre littérature numérique et littérature électronique

– Littérature électronique : focalisation sur l’intensité processuelle
– Littérature numérique : priorisation de l’expression de la culture numérique

2.2 La question de la culture : comment aborder la « culture numérique »?
2.2.1 Pratiques de l’édition numérique
a) Comparaison entre le papier et les supports numériques
b) Éditorialisation et inscription médiatique (médiation et poétique critique)
c) Comment la lecture numérique affecte-t-elle la culture?
2.2.2 Quels rapports entre « numérique » et « culture »?
a) Culture et numérique sont-ils antinomiques?
b) La précision « numérique » est-elle en voie de devenir superflue?
c) Des « valeurs numériques » et du défi de la numératie
2.2.3 Comment peut-on parler d’humanités numériques?
a) Le rapport essentiel de l’être humain à la technique
b) Des humanités numériques à l’humanisme numérique?
c) L’accent mis sur le processus automatisé rend-il caduque l’idée de « démarche » (au profit du résultat)?
2.2.4 Le numérique, entre rupture et continuité par rapport à l’imprimé
a) Le caractère éclairant du paradoxe associé à la poursuite de la performativité par l’intensification des médiations
b) L’articulation plus poussée entre les faits et les valeurs
c) Le point tournant ne marque pas un virage à 180°
2.2.5 Vers un nouveau rapport à l’identité
a) Identités numériques et droit à l’oubli
b) La fiction de la transparence, un affront à la remédiation
c) À la conjoncture médiatrice de l’espace et du temps

Pourquoi est-il pertinent d’étudier la question de la culture numérique?

Il pourrait sembler logique qu’en vertu de l’importance massive que revêt la dimension technique dans l’avènement de la civilisation numérique, les textes littéraires produits dans la foulée de cette métamorphose seront à l’image des procédés qui les rendent possible. Ce serait le résultat d’une influence directe du medium sur l’esthétique qui s’y déploie. Mais deux considérations aideront à rendre clair que le forme de l’influence qu’exerce le contexte culturel sur les manifestations artistiques auxquelles il donne lieu, est moins évidente qu’il n’y paraît.

Ainsi, on pourrait penser primo que, puisque le numérique est caractérisé d’abord par la discrétisation des données, le style qui sera privilégié par les auteurs numériques sera l’éclatement. Dans notre cas, il y a plusieurs oeuvres qui semblent aller dans ce sens, mais pas toutes, et pas toutes à un degré élevé. Mais cela se comprend puisque si on y réfléchit, l’expérience que nous procure le web en est une qui reproduit de manière excellente la fluidité que l’on attribue aux médias analogique. On peut penser à l’importance que prend la vidéo (par rapport à la B.D.). Ou alors à l’utilisation des effets par Flash ou Javascript par opposition aux tableaux et aux cadres de nos musées et de nos manuels. Évidemment, il y a toujours les fenêtres, et les écrans souples ne sont pas encore une réalité courante. Mais ils sont en cours de développement. Si on pense à la page, on se rappellera qu’avec le livre, il faut tourner la page à chaque fois, alors que la page de blogue peut se dérouler à l’infini. Le texte numérique est physiquement une chaîne (comme l’écriture papier d’ailleurs), mais phénoménologiquement un flux (comme la lecture dans un livre d’ailleurs). Donc la différence est moins évidente qu’il n’y paraît. Il faut passer par le détour d’une réflexion philosophique sur les implications de la nouvelle dynamique qui se met en place à la faveur de ces changements pour comprendre ce qui est transformé profondément. C’est seulement après un premier défrichage effectué à ce niveau que l’on pourra aller à la recherche des manières dont ces bouleversements se traduisent en termes littéraires dans notre corpus.

Secundo, il nous faut bien admettre qu’on a tendance à voir l’informatique comme des processus fonctionnant automatiquement. Or on doit se rendre compte que en réalité les programmes, pour fonctionner requièrent d’être alimentés en données. Celles-ci leur sont fournies par des « entrées » qui proviennent, en bout de ligne, des utilisateurs. Que ce soit les requêtes que vous entrez dans le moteur de recherche ou les liens que vous décidez de suivre lorsque vous naviguez sur un site, vous parlez constamment aux cookies qui tracent vos comportement pour personnaliser l’expérience que vous aurez lorsque vous vous rendrez sur les sites auxquels ils sont associés. Donc on peut s’attendre à ce que la littérature issue de cette culture numérique ne soit pas que des formules toutes faîtes se succédant les unes les autres et prétendant se tenir là dans leur autarcie, comme un logiciel qui fonctionnerait en boucle fermée. La culture numérique appelle tout autant sinon plus une participation du public à compléter les oeuvres qu’elle génère, car ce sont des systèmes de médiation ouverts qui servent de véhicule à ces contenus. Les lecteurs peuvent intervenir sur les textes, malgré les barrières que les compagnies essaient d’imposer pour reproduire les conditions contraignantes de l’imprimé. Si cette culture numérique repose sur une dynamique d’échanges impliquant l’intervention de nombeux intermédiaires, on ne peut pas en conclure cependant que le messages qu’elle livre seront plus alambiqués ou difficile à décrypter étant donnée la multiplicité de codes se superposant. En fait, la médiation du code est incontournable, mais elle est plus ou moins transparente. Les logiciels de traduction sont imparfaits, mais si vous lisez un texte écrit dans votre langue, vous le recevez tel quel sans déformation comme s’il était là devant vous. Pourtant ce n’est qu’une copie. Mais sa valeur est la même que celle de l’original. Donc il ne faut pas surestimer l’idée qu’une médiation doit avoir lieu. Le « cache » qui conserve sur votre machine les pages que vous visitez souvent, vous permet d’y accéder hors ligne. C’est pourtant une médiation de plus qui rend possible cette impression d’être en présence de la chose même. Il y donc une naturalisation de la technique qui se produit qui fait qu’on en peut plus opposer le médiatique et le « présentiel ». Le web ouvre un espace réel. Et c’est une sorte d’abus de langage d’y appliquer at large l’étiquette de « virtuel ».

Pour illustrer cette transformation, on peut observer les mutations qui ont cours dans le domaine du Land Art. Le rapport à la nature étant moins direct qu’auparavant, la mise en oeuvre des possibilités de la technologie pour faire prendre conscience de l’importance de l’environnement qui nous entoure devient une voie alternative pour parler de notre situation dans le monde. Le Land Art contemporain n’est pas moins « en phase » avec son sujet que l’était celui des pionniers qui utilisaient des excavatrices pour modeler des lieux « physiques ». <http://landartin21century.wordpress.com/2014/02/23/un-lien-indirect-avec-la-nature/&gt;

Le Land Art au XXIè siècle

Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancxt, Souffle: Scenoscosme. 2010, photographie, © scenoscosme

Si ces deux considérations ne suffisent pas à démontrer que l’influence du contexte technologique (et l’erreur est ici de réduire la culture numérique à une « société de l’information » que l’on réduit à une civilisation informatique) ne doit pas être considéré comme une cause directe d’une dédouanement des pratiques auquel on assiste (il n’est plus nécessaire de passer par la chaîne du livre pour publier, ni d’être un chercheur universitaire pour contribuer à l’édification d’un savoir encyclopédique), au sens d’une cause dont l’action serait « linéaire » (à la manière de la force mécanique qui agit lors d’un choc entre deux « mobiles »), qu’on nous permette d’apporter une autre circonstance à l’attention. Il s’agit de reconnaître que ce n’est pas nécessairement le fait d’être connecté au web, ou d’avoir son ordinateur portable ouvert (ou même de l’avoir avec soi), qui modifie notre rapport à la réalité. Il est impossible de lire une publicité dans le métro de la même façon qu’autrefois à l’heure du numérique. En effet, la portée du message sera automatiquement mise en perspective à la lumire du fait qu’il est possible d’aller chercher des connaissances par soi-même, que l’on peut publier son propre livre, que le socio-financement est possible pour lancer des « start-up », que les principes du logiciel libre se répandent au projets culturels. Marcello Vitali-Rosati utilise souvent l’exemple du GPS pour illustrer cette situation particulière qui montre que les changements induits par le numérique ne sont pas que techniques, mais qu’ils rejoignent bien une dimension culturelle plus profonde. Il n’est pas besoin d’avoir le GPS allumé, ni même de pouvoir le brancher dans la voiture où l’on se trouve par quelque moyen que ce soit (système de navigation intégré ou téléphone cellulaire d’un passager), pour que notre relation à l’espace soit changée depuis que l’on sait que le GPS existe. Notre manière de nous projeter dans l’environnement spatial a pris une nouvelle dimension et celle-ci ne peut pas être déracinée de nous même si on nous prive de l’accès au GPS physiquement. Psychiquement, une perspective différente s’est ouverte. Quel est le nature de ce changement? Le monde nous paraît-il plus plat, plus indifférent, ou au contraire plein de promesses de découvertes à tous les recoins? Cela dépend probablement de la manière dont chacun s’approprie ces changements. Mais ils affectent tout le monde. Cependant c’est par la bande d’une modification de notre point de vue. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de fondements physiques à cette transformation. Et la technologie peut avoir des impacts isomorphes sur les mentalités. L’atomisation des informations en données trouve son pendant dans une former d’individualisme exacerbé. Mais il faut faire attention quand on manipule ces lieux communs.