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4.4.4 Lexique

Signe que Milad Doueihi a raison de parler de culture anthologique

Pour La Petite Apocalypse illustrée, Josée Marcotte propose carrément un lexique. Mais la vie des personnages de « papier » qui le composent s’y invite.

Le fait que ce soit un inventaire de termes définis suivant l’ordre alphabétique nous amène à reconnaître une instance très claire de ce que Milad Doueihi appelle la culture anthologique, même si ce concept a une portée plus large dans son esprit, comme nous le verrons. De plus c’est aussi une raison de plus de parler d’une culture numérique car si des définitions semblent nécessaires, c’est bien parce qu’on entre dans un nouveau territoire de l’imaginaire collectif. Il importe de nous doter de repères. Le fait que les autres écrits n’aient pas cette forme ne contredit pas ce que nous affirmons ici. Le lexique est un cas précis de la culture anthologique. Mais les autres recueils sont aussi des anthologies et les carnets sont aussi des collections de « feuillets ». C’est une culture qui accumule des éléments en séries sans chercher une hiérarchie ni une narration au sens classique pourrions nous dire. C’est que le contrat de lecture est en cours de négociation au fil de l’intrigue. C’est pourquoi il est utile de voir chaque « période » comme une historiette.

Diversité des formes de discours

Réflexion sur la diversité des formes (genres) et des types de discours (structures narratives) qui s’y manifestent

L’aspect forme de l’écriture se présente sous deux aspects principaux (outre le rythme et le souffle liés au ton qui est aussi une composante du style) qui sont la forme (au sens de la composition, mais d’abord du genre) et le type de discours (qui relève de la structure narrative et qui touche aussi à la composition).

Nous examinerons ce que différents aspects génériques et formels de l’écriture de ces textes ont à nous dire sur la manière dont les discours dont ces oeuvres sont porteuses s’inscrivent dans le contexte de la culture numérique émergente.

D’abord, le fragment, que ce soit un aphorisme, une entrée de journal ou de dictionnaire, ou encore un segment de l’aventure qui se détache du flux dans lequel elle se trouve insérée, ce morceau qui est éclat de vie autant que du web, c’est bien entendu la première « forme » à laquelle nous pensons lorsque nous cherchons à voir en quoi le texte numérique change par rapport à la littérature classique. [4.4.1 Fragments]

Une autre forme qui semble bien s’intégrer à l’univers numérique est l’entrée de journal. Le fait qu’il soit possible d’en produire des recueil, et éventuellement de les augmenter nous montre bien la souplesse du medium numérique. Mais les règles de l’écriture ont-elles changé avec le changement de support? La sélection requise implique-t-elle la recherche d’une cohésion ou veut-on montré un échantillon des possibilités, des humeurs, dont l’auteur est « capable » (ou dont il est la proie…). Comme la mode du feuilleton, ces formats hybrides, ni longs ni trop courts (plusieurs entrées dans un journal) ont peut-être quelque chose à nous apprendre sur les périodes de transition telle que celle que nous traversons. [4.4.2 Journal]

planche 39 de l'album Naufrages de Gabrielle B. par Dominique et Alain Robet (dessinateur) avant sa mise en couleurs

planche 39 de l’album Naufrages de Gabrielle B. par Dominique et Alain Robet (dessinateur) avant sa mise en couleurs

Parlant de période, la Période (au sens du procédé littéraire) est une forme qui se sert de la prosodie elle-même pour marquer les unités sémantiques, à défaut d’un découpage physique au moyen du syntagme. C’est un procédé qui nous ramène aux origines de la littérature, mais il n’est pas antinomique avec les caractéristiques du medium numérique. Car la page de blogue ne se caractérise-t-elle pas par un défilement qui ressemble à un déroulement, comme celui du rouleau (volumen), à l’époque? [4.4.3 Période]

Nous verrons en outre que l’aphorisme peut se déguiser en entrée de dictionnaire et l’anthologie se muer en lexique. [4.4.4 Lexique]

On ne manquera pas de noter la spécificité des cours récits reprenant le principe du feuilleton mais davantage dans l’esprit de la nouvelle. [4.4.5 Historiettes].

Mais le fil conducteur de toutes ces formes littéraires, ce sera peut-être le recours à l’interpellation, qui peut elle-même prendre différentes formes, de la provocation à l’interrogation, en passant par le jeu avec les conventions. [4.4.6 Interpellation]

Finalement les mots sont les principaux acteurs du jeu littéraire. Cela est une loi qui ne change pas. Mais une intervention humaine est nécessaire pour la reconduction du contrat de lecture sans lequel il n’y aurait aucun « échange ».

C’est pourquoi la remise en question des genres et des frontières traditionnelles du récit par le numérique n’empêche pas leurs auteurs d’interpeller le public à travers une mise à mal des conventions d’écriture qui appellent une renégociation du contrat de lecture. Finalement le lecteur est invité à trouver ses propres repères à travers les pistes brouillées qui se croisent sous la forme de références polysémiques dans la marque même du phrasé, qui renvoie souvent à un mélange d’oralité et d’érudition. Rien pour rester assis sur ses lauriers…