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5.3.3 Remédiation et inscription médiatique (éditorialisation)

[À mettre en rapport avec 3.3.3 (Pourtant cela signifie une disjonction entre les êtres humains et leurs créations)]

C’est pourquoi il faut cesser de considérer avec mépris le fait que nous devions constater la tendance à des reprises de matériaux anciens au lieu de créations purement originales. L’art se fait recyclage. Mais en mettant un livre en numérique, on permet à des changements de s’opérer. Les auteurs que nous étudions participent à ce mouvement d’autant plus fortement que leurs livres sont publiés directement en format numérique. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un travail de remédiation. Une participation à la configuration de notre univers culturel peut être constatée dans leur cas comme dans les autres. Ils sont façonnés par le medium, comme le disait McLuhan, mais ils s’inscrivent dans ce mouvement de l’éditorialisation qu’ils le veuillent ou non.

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5.3.2 Recontextualisation et méta-ontologie

[À mettre en rapport avec 3.3.2 (Le faillibilisme implique la finitude qui implique l’inachèvement)]

On doit intégrer la connaissance en son état actuel. La recherche scientifique est un processus infini. Et plus on avance plus on se rend compte de nos limites. Cela constitue un contexte qui est devenu permanent et on ne pourra revenir aux illusions du passé. Cependant, notre sort étant entre nos mains, il nous revient de nous doter d’une perspective appropriée pour comprendre les enjeux globaux. On doit faire en sorte de considérer les enjeux différemment, lorsqu’on sait que l’être humain est faillible et qu’il est impossible de se garantir contre l’échec compte tenu de toutes les difficultés qui peuvent faire obstacle à la réalisation d’un projet, même si les objectifs visés semblent raisonnables. On est jamais à l’abri d’un accident. De ce point de vue, s’il est une prévision qu’il est permis de formuler sans trop de risque de se tromper, c’est bien que tous nos rêves ne se réaliseront pas. Plusieurs chantiers seront abandonnées en cours de construction. Mais il ne faut pas non plus nous imposer des barrières artificielles. Ainsi, en recherchant le sens de ces échanges et déplacements d’un support vers un autre, il ne faut pas les concevoir comme une simple transposition d’un contenu qui aurait une existence séparée de ces supports ou de ces médias sur lesquels il s’inscrit.

Qu’on pense à un texte rédigé à la pointe du stilus dans la cire d’une antique tabula romaine. Le texte consiste en cette trace et en l’activité qui lui a donné lieu. Il est un creux dans une matière. Il est le jeu de la lumière et des ombres dans ces ornières. Il est le fantasme qui éclate dans un cerveau formé à cette époque suivant la conception qu’on pouvait se faire de l’éducation dans un tel contexte. Si on en avait fait un moulage ou une transcription dans la pierre, c’eût été une autre histoire. La lecture qu’on en ferait ne pourrait faire l’économie de cette question : « De tous les textes qui s’écrivent de manière éphémère sur la cire, pourquoi a-t-on choisi d’inscrire celui-là dans une matière plus solide?&nbsp:»… Et la pierre (ou le plâtre, s’il n’était anachronique par rapport à notre exemple) ne fournissent pas le même contexte. C’est pourquoi, par-delà les considérations techniques, c’est repenser la lettre en conjonction avec son “esprit” qui importe. Or cet esprit est toujours “incarné” dans un mouvement. En un mot, l’animus est changement.

Or, la réalisation de cette « circonstance », ou plutôt la prise de conscience de la nécessité de cette intrication de matière et de mouvement (de résistance et d’impulsion), pour qu’un nexus signifiant (un chiasme*) soit généré, et advienne au monde, cette « saisie » relève d’une discipline qui est complémentaire aux humanités numérique et aux études intermédiales en général. Il s’agit de la philosophie de la culture numérique, qui appelle l’avènement d’une méta-ontologie. C’est du moins l’avis de Marcello Vitali-Rosati. En un sens, il s’agit de se doter d’une perspective légèrement décalée pour mieux appréhender les déplacements qui sont en train de se produire à la faveur de la révolution technique et culturelle en cours. Et en même temps, l’idéal serait d’œuvrer collectivement à dégager de ces observations les éléments d’une “grammaire”, afin de pouvoir expliquer, par exemple, pourquoi telles différences ente les contextes entraînent telles inflexions du sens. Et ce, pour un même texte…

Ce sont des pratiques, historiquement ancrées dans une situation géographique, qui rendent possible la formation de contextes permettant à une communication d’avoir lieu. Ce que les bouleversements du numérique nous forcent à admettre, c’est que la compréhension d’un sens ne peut survenir indépendamment de l’institution de conjonctures médiatrices qui permettent la mise en dialogue des codes et des cultures associés aux différents médias/supports/techniques. Le numérique c’est un accélérateur de ces échanges, mais cela ne rend pas la révolution qu’il introduit moins significative. Car, en même temps, il implique une possibilité démultipliée de conserver la trace de ces échanges. Face à cela le monde des possibilités s’ouvre davantage, mais le devoir de qualifier les actions que nous effectuons s’impose encore plus intensément. Corrélativement, notre situation se complexifie, mais le potentiel de connaissance de nous-mêmes s’en trouve accru également. Bien sûr, cela ne veut pas dire que nous parviendrons à nous élucider complètement… même si nous sommes des êtres finis. C’est que nous sommes des êtres temporels, pétris du moment présent, qui est si fuyant. Comme le dit une chanson, le corps est passager. Vue la variabilité des contextes, cela peut être interprété de multiples façons.

* Voir l’importance de ce concept pour penser le numérique selon l’analyse qu’en propose Marcello Vitali-Rosati, dans S’Orienter dans le virtuel.

3.2.1 La toile est un itinéraire qui s’écrit en le traçant

3.2.1 La toile est un itinéraire qui s’écrit en le traçant

Pour donner une illustration de la façon dont l’idée de « démarche », que nous associons à l’humanisme, en ce sens où les moyens ne doivent pas contrevenir à la fin, conserve son importance dans la culture numérique, voici la définition que Josée Marcotte propose du terme Perfection dans son lexique impertinent La Petite Apocalyspe illustrée : « n. f. La per­fec­tion est un chien cou­rant après sa queue, ce fai­sant, le chien des­sine des cercles par­faits. » (p. 43). Ce faisant elle souhaite se moquer du caractère creux de ce concept. Mais elle indique aussi que c’est le cheminement qui compte davantage que le résultat. Cela nous renvoie à la théorie de Mahigan Lepage selon laquelle « écrire, c’est courir sur un cri » (voir sur son blogue, le dernier des mahigan, dans « fictions et séries », sous « web-fictions et non-fictions » http://www.mahigan.ca/spip.php?rubrique68). Ainsi confie-t-il qu’il lui a fallu surmonter des obstacles pour s’autoriser à partir vraiment. Il attribue à l’écriture un rôle libérateur à cet égard :

« En écrivant, j’ai lâché la bride au mental, je lui ai donné de l’espace où courir. Et le mental, délié, délie à son tour le corps. Du dedans vers le dehors, l’écriture a des effets sur la vie. D’abord on court sur un cri, et puis bientôt on court de par le monde. » (6 | Écrire c’est courir sur un cri, 9 mars 2013, lors d’une conférence en Colombie-Britannique). <http://www.mahigan.ca/spip.php?article317&gt;

On pense également à un autre grand voyageur, Karl Dubost qui nous confie ses pensées et ses expériences depuis son blogue La-Grange.net.

Dans un billet de sept. 2014, il raconte comment il a su flâner, malgré cet âge de l’accélération dans lequel nous vivons.

Le matin j’ai déjà pris plaisir à marcher le long de la voie ferrée et à regarder les trains passer rythmer mon pas lent et incertain. J’observe chaque chose autour de moi, un bout de fil rouillé, une jeune femme à vélo, un homme allant au bureau avec sa serviette sous le bras, les gens qui s’accumulent sur le quai de la gare et puis le vert toujours présent et invitant au Japon. (Journée incertaine, La-Grange.net, 9 septembre 2004, Shonandai, Kanagawa, Japon, http://www.la-grange.net/2004/09/09.html#journee)

La double mission de Karl Dubost vient rendre « incertain » le statut de son écriture. Est-il en train de documenter son parcours professionel, ou de poétiser sa profession de développeur? Quoi qu’il en soit, c’est son identité qu’il construit en marchant, en effectuant des démarches, et en en traçant les contours.

On verra que les caractéristiques de « s’écrire en se faisant » et de consister en une grammatisation de la vie et en une organologie du réel que nous attribuons ici au web, et qui inscrirait ce dernier dans la continuité de la tradition littéraire d’inspiration humaniste, sont aussi mises de l’avant par des philosophes et intellectuels engagés, comme Bernard Stiegler, qui prône une déprolétarisation de la société de l’information. Il est, avec Michel Serres, un des deux penseurs les plus en vue dans la francophonie parmi ceux qui ne ressentent pas la transfiguration numérique de la civilisation comme une menace mais comme une opportunité. En effet, s’ils voient le danger d’une dépossession du monde par une trop grande confiance accordée aux processus automatisés, ils estiment que ceux-ci libéreront les êtres humains de la majeure partie des tâches aliénantes qui accaparaient la majorité de leur temps. Ils espèrent qu’en se dotant de véritables savoirs susceptibles de transformer le monde, les hommes cesseront de vouer leur vie à la recherche d’un emploi salarié et réaliseront de « vrais » travaux.

Mais cette optique peut sembler optimiste. Et la confusion introduite par les termes (distinction entre travail et emploi qui renvoie en quelque sorte à l’essai de Hannah Arendt sur La Condition humaine), peut rendre le message difficile à recevoir. Un autre point de vue est de dire que le travail ne devrait pas être survalorisé et qu’en même temps, le travail qui nous procure le plus de bonheur n’est pas du travail. C’est en d’autres mots ce que dit Marcello Vitali Rosati dans un billet publié à l’hiver 2014. Intitulé « Éloge de l’oisiveté -contre le travail », il représente un plaidoyer pour la liberté de penser, auquel le travail, tel qu’on le conçoit habituellement (comme emploi salarié), ne devrait pas être opposé. Le philosophe de la culture numérique y identifie le problème comme étant l’intégration d’une idéologie utilitariste. Son diagnostic est le suivant : « Cette éthique du travail nous fait perdre de vue ce qui est important dans notre activité: la créativité et la critique. Elle nous oblige à vivre dans une réitération du même institutionnel qui est très dangereuse: nous ne pensons plus, nous produisons ce qui nous est demandé. » (http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/eloge-de-loisivite-contre-le-travail/).

De cette proposition, nous retenons que les activités qui sont mises de l’avant comme étant de plus grande importance que le travail sont la créativité et la critique. Elles représentent certes une forme d’idéal (conforme aux valeurs humanistes de liberté, de justice, de tolérance et de dignité humaine). Et si l’intellectuel sent le besoin de dénoncer cette perversion qui consiste à tout rapporter à la productivité du travail, c’est qu’il constate que cela est une tendance présente de la société du savoir, qui ne fait que s’accentuer. Ce n’est donc pas évident de dire que la culture numérique valorise davantage la liberté que le travail, la créativité et la critique que la servilité d’une action qui obéit aux injonctions d’un ordre économique oppressif. Mais, on peut estimer que la culture numérique reconduit pour l’instant les vieux « patrons » et qu’elle a encore le potentiel de se transformer pour mettre de l’avant un autre projet de société. Il est donc légitime d’affirmer que la culture numérique, si elle est à l’écoute de son intérêt réel, cherchera à faire une plus grande place aux arts et à la philosophie. Admettons-le pour les fins de la discussion. Cependant, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Car la créativité et la critique sont souvent considérées comme antinomiques, ou peuvent le paraître à un bon sens qui fonctionnerait de manière un peu bornée. La créativité émet des propositions. La critique défait des propositions. L’un propose, l’autre dispose. Et surtout, on a tendance à concevoir l’art comme ayant pour fonction de nous faire plaisir, alors qu’on présume que la critique n’a d’autre but que de provoquer du désagrément.

Nous ne cautionnons pas cette thèse évidemment, mais il nous semble utile de la rappeler pour souligner le fait que la conciliation des deux attitudes n’est pas nécessairement aisée. Il y a quand même là une friction, qui est à la fois au fondement de la culture humaniste numérique, mais qui peut être difficile à appliquer. C’est pourquoi nous aimerions en tirer l’hypothèse qu’il devrait en résulter une tendance à soulever des préoccupations prédominantes difficiles à concilier chez les auteurs de littérature numérique. Et cela serait un trait plus important que de se servir de Flash ou de Javascript.

On est donc en droit d’attendre, aussi bien de la littérature homothétique que de la littérature générative, ou des fictions interactives, qu’elles mettent en tension des enjeux qui peuvent paraître mal-assortis et qu’elle invite le spectateur à jouer un rôle pour leur faire retrouver une sorte de cohérence. Elle impliquerait donc les lecteurs dans la création, mais elle leur demanderait de faire preuve de sens critique. Et ce faisant elle serait un outil précieux de développement des facultés. Encore du travail, me direz-vous? Oui, je ne nierai pas que c’en est.

3.1 Dynamique (une quête de sens incessante)

3.1.1 La relation entre « virtualisation » et écriture

Déconstruire le mythe du virtuel comme monde séparé du nôtre

S’orienter dans le virtuel (Marcello Vitali-Rosati)

3.1.2 Une dématérialisation plus physique que l’on croit

Comprendre les enjeux juridiques, politiques et éthiques (et les contraintes techniques)

Sharing de Philippe Aigrin, Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot, Démocratie et Internet de Dominique Cardon

On pourrait revenir ici à la notion de culture du libre avec la volonté de remplacer le modèle de la cathédrale par celui du bazar : « Pour nous, le bazar est un environnement qui encourage la diffusion et le développement de la compétence numérique. » (Doueihi, La Grande Conversion numérique, p. 165).

3.1.3 L’implication des corps dans la nouvelle logique

La relation à l’espace modulée par les nouveaux moyens de communication

L’être et l’écran, par Stéphane Vial, « Comment le numérique change la perception »… et d’autres ouvrages indiquant que nous assistons à une matérialisation des strates qui font le feuilleté du réel, concrétisée par l’hypertexte, les métadonnées à un haut degré de granularité, et autres altérations de notre rapport à l’organisation de l’espace.

La relation au temps transformée par l’hyperconnectivité et l’archivage numérique

De passé souvenu au surgissement de l’histoire : l’avènement de l’intemporalité possible (prégnance du présent) grâce à la mémoire phénoménale des machines et aux conventions de stockage [Exemple des commémorations des deux grandes guerres]

La relation au langage modifiée par les médias sociaux, la déterritorialisation et la déshistoricisation

La novlangue, l’écriture web, les conventions (emoticons, abréviations, écriture au son) des SMS, le jargon des geeks, les taxonomies des archives ouvertes, les ontologies des sciences de l’information, la grammaire de l’ergonomie et de l’architecture de l’information. Des cadres de cadres pour nous faire sentir le web comme métamédia.

Rapports entre les traits de l’écriture et les propriétés de la culture numérique

Il s’agit ici des résultats attendus de l’analyse, suite à la mise en parallèle des traits de l’écriture et des propriétés de la culture numérique.

Nous dégagerons les véritables apprentissage que cette comparaison nous aura permis d’effectuer dans la conclusion.

5.1 Multiplicité et médiation

5.1.1 Multiplicité – discrétisation

5.1.2 Médiation – virtualisation

5.1.3 Distinction entre computationalité et algorithmicité

5.2 Dimension historique et critique

5.2.1 Prolongement de la culture humaniste : continuité

5.2.2 Culture contestataire et émancipation : rupture

5.3 Sur la relation entre l’écriture et la spatialisation (enjeu politique)

5.3.1 Stigmergie et architecture

5.3.2 Recontextualisation et méta-ontologie

5.3.3 Remédiation et inscription médiatique (éditorialisation)

5.3.4 Dévoilement de la conjoncture médiatrice et remobilisation de l’intermédialité par l’attention renouvelée à l’exaiphnes

Si ce dernier point peut sembler du latin, ce sera un plaisir de vous l’expliquer et c’est essentiel pour comprendre l’importance de la révolution en cours ici.

5.4 Relation modifiée au langage

5.4.1 Opération transtextuelle, et hypermédiatique qui articule différemment la relation des individus et des collectivités au temps et à l’espace et transforme donc l’identité

5.4.2 Et qui constitue aussi une « provocation à penser et remise en question des idées reçues »

5.4.3 Et qui représente également un mélange typiquement numérique d’audace et de conformisme

5.5 Les différents traits de la littérature électronique se rencontrent finalement dans la littérature numérique au sens culturel

5.5.1 Hypertextualité

5.5.2 Interactivité

5.5.3 Algorithmicité

5.5.4 Collaborativité

5.5.5 Traits qui ne sont pas nouveaux, mais dont la convergence (suivant une série élevée) forme le trait déterminant du numérique

Ceci est tiré de mon plan de rédaction, et il se pourrait que la structure de cette section change considérablement. Mais j’ai déjà commencé à relier des analyses portant sur les textes de Mahigan Lepage et de Josée Marcotte à ces différents points.