5.2.3 Le transitionisme (la transposition du progressisme)

ou la terre-j’y-vais-rsation (retour du doute et québécitude)
[Premier jet (stimulé par la lecture d’un article, ‟ L’Écosse et le principe de précaution: avantage aux forces du Non ” de Simon Couillard, professeur de philosophie et doctorant en études québécoises, où il montre que la transposition du principe de précaution est en train de rendre les sociétés impuissantes à oser quelque transformation en profondeur des structures établies que ce soit)]
{Le texte qui suit devra être grandement raffiné et intégré à la structure qui suit, laquelle s’en verra forcément modifiée}
Le pont entre les deux attitudes en apparence contradictoire, c’est probablement quelque chose qui relève de l’affect (non sans rapport avec la quête de soi et la perspective existentialiste que l’on a cru déceler dans ces récits du décentrement, à la fois géo-politique et spirituel) ce qui pourrait avoir un intérêt spécifiquement littéraire (ne serait-ce que par ce que cette posture indécise maintient le lecteur en haleine, produisant une sensation de ‟ trépidation-retenue ”). Or, nous pouvons imaginer que des traits de la québécitude – qui sont probablement présents dans ces textes qui ne sont pas sans attaches (malgré la volonté de liberté qu’ils expriment), sont assez représentifs d’une disposition plus générale de l’humanité encore imprégnée de l’ère du vide que tentait de nous faire voir Gilles Lipovestsky. Face au vide, soit on opte pour un pari pascalien, soit on ne se sent pas la force de lancer à la face du cosmos intersidéral un ‟ oui ” affirmatif, et on se tait dans un silence contrit. Nos auteurs, pourrions-nous dire sont du côté de l’attitude intermédiaire, celle qui ose un timide peut-être, que trahit ici le fait qu’ils publient en ligne mais sans embrasser l’ensemble des possibilités du medium, ni même en explorer une en particulier qui pourrait les amener à entrer véritablement dans l’ère du numérique. Peut-être ont-ils peur que celle-ci représente un abandon des valeurs humanistes et une adhésion à l’idéologie post-humaniste. Leur prudence relève-t-elle de la prévention libérale, de la solidarité des ères du travail, ou du principe de précaution au sens où l’entend François Ewald? Celui-ci expliquerait que l’Écosse soit plus portée à se dire non, comme l’a déjà fait le Québec deux fois, car on demande une double garantie aux initiatives qui pourraient bouleverser l’ordre établi. Cela conduit à une sorte d’inertie, liée à l’étouffement de l’innovation.cf. ‟ L’Écosse et le principe de précautioon ; avantage aux forces du Non ” Le Devoir, 13 et 14 septembre 2014, article de Simon Couillard. « Ewald soulignait ainsi le caractère ‛contre-révolutionnaire ” du principe de précaution, commme ‟ il a prétention à limiter l’innovation dans un cadre de progrès sans rupture ”. »
Ceci permet de comprendre les implications politiques d’une telle disposition à la « modération » modulée en fonction de la valse hésitation du désir avec les appréhensions.
On comprend que l’espace qui se crée en louvoyant de la sorte ne peut présenter le caractère rationnel des cartes du monde quadrillées systématiquement.
C’est dans un tel univers dystopique que nous semblons nous acheminer, bon gré mal gré, selon les humeurs et la rumeur du moment.

L’alternance entre l’audace et la timidité…
La terre-j’y-vais-rsation (retour du doute et québécitude)

Le principe de précaution appliqué à la question nationale-égoïste

Le louvoiement constant entre volontarisme et servitude volontaire

«La solidarité nous avait presque rendus risquophiles; nous voilà redevenus risquophobes», écrit François Ewald

Voilà qui montre que selon la façon dont on « navigue » à travers ces ambitions et ces doutes, on dessinera une carte du monde qui sera plus ou moins mouvante ou « métastable ». On devra atteindre à une forme d’équilibre entre les deux postures pour que la culture numérique soit inclusive. Mais une telle « ouverture » ne masque-t-elle pas une forme de complaisance à l’égard du statu quo (et du « laisser-faire »)?
La « table » est mise en tous cas pour discuter des rapports entre politique et spatialisation dans ce nouvel environnement médiatique, avec comme point de départ la question des rapports entre stigmergie (une forme de systématicité organique des rapports entre action des individus et réaction du milieu) et architecture (dans une perspective où les contours des lieux sont de moins en moins aisés à définir, qu’il s’agisse de livres, de pays, ou d’organisations trans-étatiques, à commencer par l’institution littéraire…).

Cela sera bien entendu à mettre en rapport à nouveau avec le statut de l’auteur et la question de l’autorité, que nous avons commencé à aborder en découvrant comment les identités devenaient floues (remettant en question le contrat de lecture) et que nous avons continué de développer en rapport avec la problématique de la finitude et de l’inachèvement (la question du faillibilisme), mais sur laquelle nous reviendrons de manière plus spécifique maintenant, en lien avec l’examen de les enjeux politiques de la mobilisation des relations entre l’écriture et l’espace. Celle-ci se manifeste, notamment, la modification (porosité croissante) du cadre métadiégétique, le récit-cadre devant empiéter sur bien d’autres dimensions du réseau pour permettre l’osmose nécessaire à la contamination mutuelle du récit et du monde. Or on peut se demander si celle-ci (cette relation osmotique facilitée par la multiplication des échanges, qui les rend perméables l’un à l’autre) est une condition de leur « dialogue » (par la fabrication, presque le raboutage, d’une intersubjectivité) [à moins que le web sémantique nous conduise vers le totalitarisme de la transparence]?

 

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