i. Fragments, historiettes et périodes

Déconstruire le mythe du virtuel comme monde séparé du nôtre

Le monde des imaginaires littéraires en contexte numérique n’est donc pas déconnecté de la réalité corporelle. Le numérique n’est pas non plus en train de modifier notre corps au point de reprogrammer le génôme humain. Le numérique est devenu essentiel à la vie culturelle des peuples de la Terre, et cela aura des conséquences difficiles à évaluer sur l’avenir de la civilisation. D’un côté cela accélérera l’unification des races et des parties du monde. D’un autre côté cela entraînera peut-être un isolement accru des individus et une augmentation du sentiment de désespoir lié à la solitude effective des êtres entourés de milliers de semblables qu’ils ne connaissent pas alors que des millions d’étrangers sont officiellement leurs amis potentiels, des relations accessibles ou avérées sur les réseaux sociaux.

Le fait que les individus aient plus que jamais tendance à se raconter ne devrait pas nous surprendre. La question de savoir jusqu’à quel point ils sont fidèles à la vérité mérite d’être posée. Mais, si nous ne pouvons présumer qu’ils ou elles seront de mauvaise foi, il vaut mieux admettre que chacun est libre de transformer l’image de soi qu’il projette via les nouveaux nouveaux médias. Par contre, on a aussi souligné comment il deviendrait compliqué de déjouer les mécanismes mis en place par les fournisseurs de services pour s’assurer de collecter des données valables concernant notre identité, pour être en mesure de revendre ces informations plus cher à des compagnies voulant acheter de la publicité diffusée via leurs plateformes et ce en rapport étroit avec les utilisateurs qui s’en servent effectivement.

Cela justifie peut-être aussi le caractère parfois lacunaire, voire crypté de l’information que les auteurs numériques distillent à propos d’eux-mêmes dans leurs écrits. Les formes brèves, les historiettes qui restent en surface, les clins d’oeils anodins en apparence, les confessions trop crues pour être vérifiables, cette ludicité de l’expression qui se moque de notre voyeurisme tout en le nourrissant, comme le fait que Mahigan Lepage réfère à plusieurs reprises à son prénom juif sans jamais nous le communiquer. Qu’est-ce que cela signifie? Quelle différence entre son prénom juif et son prénom chrétien? Possède-t-il aussi un prénom laïque? Mahigan est-il amérindien, comme le Mohican auquel réfère le titre de son blogue (le dernier des Mahigan). Sa « race » lui importe-t-elle autant? Se sent-il viscéralement attaché à sa religion? Ou est-ce que ce n’est qu’une diversion. Avec le numérique, une seule chose est sûre, le terrain est glissant. Les micro-nouvelles sont alors comme autant de billes sur lesquelles on peut perdre l’équilibre. Et c’est ce qui rend l’exploration de cet espace excitant. On ne sait jamais sur quelle perle on va tomber (au milieu de nombreuses baudruches, il est vrai). Cela n’est pas un fantasme. Ce n’est pas non plus une représentation imagée. Chaque propos est un atome de ce monde culturel qui est le nôtre. Tous n’ont pas le même degré de visibilité et chacun n’y a pas accès avec la même facilité. Il n’est pas donné à tout le monde de se sentir à l’aise que ce soit en flottant grâce à la tension superficielle de cette mer d’informations, ou en y plongeant carrément. Mais une chose est certaine, qui s’y frotte s’y pique. Et ces épines numériques ne sont pas sans puissance de pénétration.
Enfin, à vous de juger.

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