Mahigan Lepage

Vers l’Ouest

Vers l’Ouest relate le voyage véridique de Mahigan Lepage, l’auteur, de Rimouski (au Québec) vers la Côte-Ouest canadienne (Banf en Alberta, et une visite chez sa soeur en Colombie-britanique, de l’autre côté des Rocheuses). Voyage en solitaire, il est reconstitué à posteriori, puisque l’auteur confesse ne pas avoir apporté avec lui de quoi noter. Récit d’une succession d’observations et travail de mémoire, cette aventure autobiographique évacue tout romantisme mais n’élimine pas les attentes liées à une certaine naïveté, quoique celle-ci soit modérée par le recul et l’attitude de l’auteur qui tend à intérioriser ce qu’il vit. Mais il essaie en même temps de rendre compte très fidèlement des faits tels qu’ils se sont présentés et de donner corps aux phénomènes objectifs qui rendent son périple possible, à commencer par la route et le passage du temps. C’est pourquoi un des défis associés à l’analyse de cette oeuvre inspirée de Sur la route de Jack Kérouack dans la perspective de sa participation à la culture numérique provient de ce qu’en voulant produire un récit d’une seule « coulée » (référence à un autre texte de Lepage) [voir le vidéo où il s’exprime à ce sujet) en limitant la division du phrase en chapitre (aucun), paragraphes, et phrases (très rares), abandonnant même la plupart du temps la ponctuation, il nous faut réviser notre première impression, tirée de l’analyse de Marge de Josée Marcotte, que la culture numérique se manifeste d’abord dans les textes littéraires par une fragmentation accrue. Ce serait ici un contre-exemple probant, remettant en question la notion de culture anthologique développée par Milad Doueihi [PHN-refxx], si… si le récit n’était tout de même pas hachuré en raison du rythme et de la respiration des phrases imposés par la scansion même de la langue française. On ne peut éluder la construction des phrases, qui indique où il faudrait ajouter points et majuscules, virgules et points-virgules pour se conformer aux conventions du code. De plus, les sauts existent dans le fil de la narration, car la mémoire associe des amorces de voyage vers l’Ouest au retraçage de celui qui « aboutit » finalement. En fait, ce récit est aussi l’histoire d’une déception, donnant à penser que le cheminement est plus important que la destination, ce en quoi il renoue avec le coeur du romantisme.

La Science des lichens

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