4.3.2 Autobiographie et fantaisie – Authenticité, vérité et leur mutation

Il va de soi que le plaisir pris à raconter sa vie sous un jour plus cocasse ou spectaculaire qu’elle peut l’être en réalité est une forme de motivation qui peut entraîner une tendance chez les écrivains à modifier les faits concernant leur parcours. Mais avec les rapports sociaux tels que le web les rend possibles, on peut imaginer que des traces de notre identité numérique pourraient être utilisées par les lecteurs pour évaluer le niveau de véridicité de nos écrits. Par conséquent, il serait difficile de faire passer pour un épisode autobiographique un événement qui serait en contradiction avec un énoncé que nous avons pu faire sur nous-mêmes via Internet. Du coup, même si nos identités numériques peuvent être façonnées différemment, on peut imaginer le degré de préméditation nécessaire pour se donner un rôle particulier dans une aventure à laquelle on n’aurait pas réellement pris part. Alors que l’écrit papier faisait foi, quitte à devoir vérifier par d’autres sources (plus difficiles à se procurer), avec le récit numérique, une simple recherche sur le moteur de recherche le plus commun suffira à invalider les propos rapportés dans le texte. Si on fait un montage on se fera tout de suite démasquer. Donc la transformation de la vérité pour susciter l’adhésion doit être travaillée à l’avance dans les réseaux sociaux et autres plateformes numériques de diffusion avant d’être inscrite dans un ouvrage littéraire où l’auteur s’attribuerait un haut fait ou simplement une situation (par exemple, j’ai déjà enseigné l’anglais). À noter que des fait plus difficiles à croire seraient aussi plus difficiles à invalider. Ainsi, « j’ai enseigné l’anglais à des pygmées dans la forêt équatoriale de l’Ouganda » pourrait devenir un énoncé plus crédible que « j’ai enseigné l’anglais à des étudiants du secondaire à Montréal ». Si l’exotisme a été en vogue à une certaine époque dans la littérature occidentale, et si des auteurs ont pu s’attribuer des réalisations extraordinaires sans les avoir réalisées, ils risquaient, au regard de la postérité, d’y perdre leur réputation et leur crédibilité. Aujourd’hui, on peut se demander quelle valeur ces deux notions conserve. Mais l’exotisme est peut-être moins recherché. On verra tout de même des auteurs attirer par le caractère vraisemblable de ce qu’ils écrivent. Mais est-ce un fait explicable par la société numérique? Voyons plutôt comment nos auteurs semblent aborder la question du rapport à la vérité.

Certains semblent opter pour l’ironie. D’autres sont plus difficiles à percer à jour. Dans le cas d’Audrey Lemieux sa reprise de la vie d’Isidore Ducasse semble très bien documentée mais elle s’est imaginée un itinéraire dans ses détails charnels et intérieurs de sorte qu’il s’agit d’une fiction assumée comme telle, même si elle demeure une fiction biographique. Et même s’il ne s’agit pas d’autobiographie, puisqu’il y a une réflexion personnelle sur la relation entre l’écrivain et ses personnages il se peut qu’il y ait une certaine rencontre entre elle et Lautréamont, ou qu’elle nous révèle une partie de son imaginaire à travers le récit qu’elle nous propose d’une tranche de vie significative du créateur de Maldoror, comme nous l’avons déjà dit. C’est ainsi que « plus ça change, plus c’est pareil ». La meilleure manière de se raconter étant bien souvent en dépeignant la vie de personnages inventés ou d’être réels qu’on réinvente à des fins littéraires.

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